Oui, la mode pollue l’environnement. Oui, la mode exploite les pays en développement. Mais on n’a pas besoin de rayer la mode de notre vie pour autant.

Cet article fait partie d’une série sur la mode. Le premier épisode est ici.


L’article n’a même pas encore commencé mais je sais que des lecteurs s’écrient déjà :

“Pourquoi donc faudrait-il sauver la mode ?! Tant de futilités, c’est juste du gaspillage inutile ! ”

Et certains ajoutent même : “Saleté de société de consommation ! Suppôt de Satan !”

Bon.

Chers amis, je vous ai entendus.

Pour vous répondre, je commencerai par vous rappeler que la mode est apparue bien avant la société de consommation. De ce fait, l’Histoire nous prouve que la mode n’a pas besoin de la société de consommation pour exister.

[2/6] Pourquoi la mode… existe ? (histoire & sociologie)
Elle fait tellement partie de notre quotidien qu’on ne sait même plus comment elle est arrivée là ! Qu’on l’adore ou qu…medium.com

Ceci étant dit, si on veut aujourd’hui envisager la mode sans ses travers hyper-consuméristes, il faut réfléchir à ce qu’est “la mode”. La mode, au-delà de ses aspects industriels et commerciaux, est aussi une forme d’art populaire et un moyen de communication.

Or il y a dans toutes les formes d’art (peinture, littérature, musique etc) un renouvellement constant des goûts et des mouvements artistiques (classicisme, romantisme, naturalisme, cubisme etc).

Ces changements artistiques accompagnent et reflètent les changements importants dans la société. Parfois-même ils en sont à l’origine ! L’art vestimentaire ne fait pas exception. On l’a vu pour l’histoire de la mode féminine, avec l’importance du pantalon dans la libération des femmes.

On ne peut donc pas négliger le rôle social de la mode.

Et on ne peut pas non plus empêcher la mode de changer puisque, pour ce faire, il faudrait d’abord empêcher la société de changer.

Mais ce que l’on reproche le plus souvent à la mode aujourd’hui, ce n’est pas tant le fait qu’elle change, mais plutôt le fait qu’elle change extrêmement rapidement.

Il est vrai qu’aujourd’hui une grande partie des changements de mode sont dictés par des intérêts industriels. Plus les changements sont rapides, plus les clients renouvellent leur garde-robe, et plus les marques gagnent de l’argent.

Ces grands groupes industriels ont certes le monopole économique d’un certain type de mode. Mais la mode, comme phénomène social et artistique, dépasse largement ce cadre. Elle existe aussi en-dehors des multinationales du textile, sous plein de formes différentes.

Alors on peut tout à fait boycotter ces multinationales, mais on ne pourra pas bannir la mode de notre société. Pas plus qu’on ne penserait à bannir la musique ou la littérature, alors qu’elles ont elles aussi développé des aspects industriels et consuméristes.

Soyons pragmatiques. La plupart des gens n’aurait tout simplement pas envie d’abandonner toute forme de mode. Le vrai problème n’est d’ailleurs pas tant de renoncer à une certaine forme de consumérisme, mais plutôt de devoir renoncer à une forme d’expression et de liberté.

Alors, peut-on préserver la planète et l’art de la mode en même temps ?

Il faut décorréler “mode” et “consumérisme”

Quand on parle de mode aujourd’hui, on pense en général à la fast fashion, cette mode industrielle et jetable dont Zara et H&M sont les étendards.

Alors je vais être très claire. Pour moi, il n’y a pas grand chose à sauver dans la fast fashion. Son modèle économique repose entièrement sur l’exploitation des ressources naturelles et des ouvriers.

Il n’y a que comme ça que les enseignes de fast fashion peuvent proposer des nouvelles collections toutes les semaines à des prix exceptionnellement bas. Elles accélèrent ainsi l’obsolescence matérielle et psychologique de la mode.

Malgré les déclarations de bonne volonté, les opérations de marketing “écolos” ou les plans de “Responsabilité Sociale”, le seul moyen pour ces marques de devenir vraiment “écologiques” et “éthiques” serait de fermer boutique.

Bah alors ? Fais pas cette tête !

Mais la mode ne se résume pas à la fast fashion !

Il ne faut pas oublier qu’il y a plein d’autres types de mode : artisans et créateurs indépendants, petites (ou grandes) marques “responsables”... Sans parler de la couture et du tricot qu’on peut faire soi-même !

Il existe même un mouvement qu’on appelle la slow fashion (“mode lente”), qui se construit en opposition aux dérives de la fast fashion et qui prône la durabilité plutôt que la “jetabilité”.

On peut tout à fait continuer à aimer les vêtements en utilisant d’autres outils. Et surtout, en changeant d’état d’esprit.

Car il n’y a pas de solution miracle qui nous permette d’aimer la mode de manière écologique et éthique sans avoir à remettre en question nos comportements.

Si on veut une mode éthique et écologique, il faut accepter de payer le vrai prix d’un vêtement.

Si on prend en compte les vrais coûts sociaux et environnementaux, il est impossible d’acheter un tee-shirt neuf pour quelques euros seulement.

Les vêtements de bonne qualité respectant l’environnement et les humains sont inévitablement plus chers à l’achat que ceux de la fast fashion.

Mais il y a plein de solutions possibles, quelque soit votre budget !

Il est tout à fait possible de se faire plaisir en diminuant drastiquement son empreinte écologique sans y laisser un bras.

C’est un état d’esprit que l’on peut à peu près résumer comme ça :

“Achetez moins, choisissez mieux, faites durer les choses” — Vivienne Westwood, styliste

Je vous propose de reprendre le cycle de vie d’un vêtement et de regarder ce que l’on peut faire à chaque étape. C’est parti !


Comment bien choisir ce que l’on achète

Avant toute chose, je pense qu’il faut être au clair avec soi-même avant d’acheter un vêtement. “Pourquoi je veux acheter ça ?”

  • Est-ce que j’en ai besoin ? Si non, est-ce un achat impulsif ?
  • Quel est le but de cet achat ? Faire passer le temps ? Me faire plaisir ? Exprimer quelque chose ? Me plier à la pression sociale ?
  • Est-ce que je pourrai porter ce vêtement pendant plusieurs années ?

Il suffit parfois de se laisser quelques jours de réflexion avant d’acheter quoi que ce soit pour savoir si ça en vaut vraiment la peine. N’hésitez pas à prendre votre temps avant toute décision.

Cette démarche évite de tomber dans les pièges du marketing de la fast fashion, qui ne veut surtout pas que vous ayez le temps de réfléchir.

Pour une mode “responsable”, le but est d’acheter (beaucoup) moins et (beaucoup) mieux. Sans forcément modifier son budget.

Alors “acheter moins”, on comprend bien comment ça marche. Mais “acheter mieux”, on fait comment ?

L’approche la plus efficace, c’est de garder en tête le cycle de vie entier du vêtement quand on prend une décision.

C’est-à-dire qu’il faut prendre en compte la manière dont le vêtement a été produit (environnement, éthique), mais aussi la manière dont on va le porter et l’entretenir, et enfin ce qu’il deviendra quand on voudra s’en débarrasser.

Quelques idées :

  • Faire attention aux tissus. La composition d’un vêtement est toujours indiquée sur l’étiquette. Evidemment, le mieux est de favoriser les fibres textiles les moins polluantes et si possible la production locale (lin et chanvre par exemple).
  • Préférer la QUA-LI-TÉ. Toujours ! C’est un investissement qui en vaut la peine. Ce vêtement durera longtemps donc vous n’aurez pas besoin de le remplacer chaque année : sur le long terme, ça peut vous faire gagner à la fois du temps et de l’argent. Je parle de la qualité des tissus, mais aussi du travail de couture (vérifier qu’elles sont bien faites). Et pourquoi pas, de la qualité du service en magasin (conseils, retouches et réparations possibles etc).
  • Prendre en compte les conditions de lavage. Eviter les vêtements qui nécessitent un “lavage à sec” par exemple, parce que c’est une opération qui utilise des produits très nocifs pour l’environnement et la santé. Personnellement, j’évite aussi les tissus trop délicats parce que je sais que j’aurai la flemme de les laver à la main.
  • Trouver les bonnes marques. Les marques éthiques et écologiques ne sont pas encore légion mais elles se multiplient à grande vitesse. C’est pratique si elles ont un site internet qui permet d’évaluer leur démarche et de commander en ligne.
  • Encourager l’artisanat et les petites entreprises. Les artisans et les créateurs indépendants proposent des modèles originaux que vous ne verrez pas sur tout le monde ! Ce n’est pas toujours hors de prix, et certaines pièces peuvent valoir l’investissement. Vous encouragerez ainsi l’entreprenariat, l’économie locale et les véritables talents.
  • Acheter d’occasion. Oui, ce vêtement a connu d’autres gens avant vous, mais il ne vous en aimera pas moins ! Friperies, vide-dressing, revente entre particuliers… On peut y trouver de la très bonne qualité à tout petit prix !
  • Regarder les labels. Il en existe un certain nombre, voici une petite liste non exhaustive.

Quand on achète de la qualité, au vrai prix, ça change absolument tout. Le vêtement durera longtemps et, si on s’en lasse, on pourra facilement le louer, le revendre, ou le donner à des associations (contrairement aux vêtements de fast fashion qui sont de mauvaise qualité et impossibles à réutiliser). Le vêtement peut vivre plus longtemps et donc avoir plusieurs vies.

Si vous cherchez un vêtement pour une occasion particulière (qui ne se représentera pas souvent), pensez au prêt entre amis ou à la location. Vous pourrez trouver de très belles pièces, parfois même de grandes marques, pour pas très cher. Et ça ne prendra pas les mites au fond du placard ensuite !

Sinon pour ceux qui sont doués de leurs mains ou aimeraient le devenir, vous pouvez fabriquer une partie de vos vêtements vous-mêmes !

Couture, tricot : ça peut faire peur, mais ce n’est pas forcément compliqué. Vous pouvez commencer en vous tricotant simplement une écharpe ou en cousant un pyjama. La première fois que j’ai touché une machine à coudre, c’était lors d’un atelier d’initiation de La Fabrique Idéale il y a quelques mois. Et c’était très chouette !

Ceci dit, je sais que ce n’est pas toujours facile de trouver des marques ou des pièces qui correspondent à tous nos critères éthiques, écologiques et esthétiques… Alors pour continuer à vivre, faites de votre mieux !

Bons plans : le livre “Couture Récup’ : Coudre pour résister au grand gaspillage” ; quelques sites internet et marques souvent cités sur les blogs (que je n’ai pas forcément testés moi-même) : Ekyog, People Tree, Dressing Responsable ; la plateforme d’information SloWeAre sur la mode écologique et éthique.

Comment entretenir sa garde-robe

On l’a vu dans l’épisode précédent, la phase d’utilisation d’un vêtement peut entraîner pas mal de pollution. A ne surtout pas négliger !

  • Pour alléger votre empreinte écologique, vous pouvez commencer par regarder les éco-labels et vous renseigner sur les composants chimiques de votre lessive (plus d’informations ici).
  • Mais vous pouvez aussi décider de vous lancer dans la fabrication d’une lessive maison ! Ce n’est pas bien compliqué, elles sont souvent à base de produits très basiques comme le savon noir ou le savon de Marseille. On peut aussi penser aux noix de lavage.
  • Bon à rappeler : à moins de transpirer à grosses gouttes ou de se rouler dans la boue, certains vêtements n’ont pas besoin d’être lavés après chaque journée. Vous pouvez porter le même jean pendant plusieurs jours avant de le laver, surtout si vous le laissez “respirer” entre deux journées (déplié ou sur un cintre, dans un endroit aéré). Et non, personne ne le remarquera !
  • Pour augmenter la durée de vie de vos vêtements et limiter les émissions de gaz à effet de serre, évitez autant que possible le sèche-linge électrique. Le bon vieil étendoir est votre ami !
  • Evidemment, c’est toujours une bonne idée d’avoir du fil et des aiguilles pour repriser des vêtements en cas de drame. Ce n’est pas la peine de jeter un vêtement entier pour un petit bouton décousu. Et il n’est jamais trop tard pour apprendre ! Sachez d’ailleurs que si vous avez perdu le fichu bouton, vous lui trouverez facilement un remplaçant dans une mercerie. Et si vraiment vous n’avez ni le temps ni l’agilité, les pressings proposent souvent des petits services de couture.

En faisant mes recherches, j’ai trouvé beaucoup de blogs qui vantaient les mérites d’une garde-robe minimaliste. L’objectifs principal est de se concentrer sur des vêtements peu nombreux mais d’excellente qualité, éthiques et respectueux de l’environnement.

On peut par exemple se fixer un nombre maximal de vêtements (disons 30). Alors si on achète un nouveau vêtement, on doit se débarrasser d’un autre pour ne pas dépasser le nombre maximal. Ce qui pousse à bien réfléchir avant d’acheter quoi que ce soit.

Après, c’est à vous de voir. Le concept méritait d’être mentionné, même si je sais que ça ne correspond pas forcément aux besoins de tout le monde.

Bons plans : des recettes de lessives à base de savon de Marseille sur le site de Kaizen ou sur le blog “Le Corps La Maison L’Esprit” ; des astuces pour enlever les taches sur Consoglob ; une introduction au concept de garde-robe “capsule” sur le site “Dressing Responsable” ; trouver des idées de garde-robe minimaliste sur Youtube : il y en a énormément, surtout si vous cherchez en anglais, dont la chaîne “My Green Closet”.

Comment éviter de jeter

Honnêtement, il n’y a pas de bonne solution pour éviter que les vêtements de fast fashion n’atterrissent rapidement dans une décharge à ordures. Ils ont été conçus pour ça. Point de salut pour la “mode jetable”…

D’autant que le recyclage des fibres textiles n’est pas évident. Quand on veut transformer de vieilles fibres pour en faire un nouveau tissu, on obtient des fibres de moins bonne qualité. On appelle ça le “downcyling (“recyclage vers le bas” en terme de qualité). Et il aura quand même fallu utiliser beaucoup d’énergie et de produits chimiques pour obtenir ce résultat médiocre !

Mais pour les matières de bonne qualité, il existe des méthodes “d’upcycling” (“pour recycler vers le haut”). Le principe est de réutiliser les matériaux tels qu’ils existent déjà et d’en prolonger la durée de vie. Concrètement, ça consiste à fabriquer des nouveaux vêtements à partir de vieux vêtements ! En plus, on n’a pas besoin de tonnes d’énergies fossile ou de chimie.

Comment on fait ? On prend un vieux jean troué ou un vieux pull trop large, et on les transforme en short ou en bonnet. Ou bien un vieux tee-shirt qu’on transforme en sac à vrac. Il peut suffire d’un peu de découpage et de couture. Rien de bien sorcier !

Vous dégoterez plein d’idée de “Do It Yourself” sur internet (blogs, chaîne Youtube).

Vous pouvez aussi trouver des marques spécialisées dans l’upcycling. Elles récupèrent des matériaux et des vieux vêtements, puis elles créent des nouveaux designs à partir de tout ça, parfois au cas par cas. Ce qui fait que vous pouvez y trouver des pièces uniques !

Sinon, si vous pensez que vos vêtements sont de bonne qualité et qu’ils peuvent servir à quelqu’un d’autre, n’hésitez pas à les donner à une association, à des amis, ou à les revendre en friperie, dans un vide-dressing, ou sur un site internet de revente entre particuliers.

Théoriquement, si vous n’achetez que des vêtements de qualité dont vous avez vraiment besoin, vous ne devriez plus avoir grand-chose à jeter !

Mais il est aussi tout à fait normal que les vêtements et les tissus finissent par s’user.

Si vous ne pouvez plus rien faire du tout avec ces vieux tee-shirts, pas même des chiffons, mettez-les dans un conteneur de collecte pour les textiles. Ils seront triés et, peut-être, choisis pour être recyclés en matériaux isolants pour le bâtiment. Dans le pire des cas, ils seront jetés quand même, mais au moins vous aurez tenté votre chance.

Il faut bien garder en tête qu’on ne pourra pas avoir un impact environnemental absolument neutre, quoi qu’on fasse.

Mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Car si vous attendez une solution parfaite avant de passer à l’action, ça ne risque pas d’arriver.

Un petit effort vaut mieux que pas d’effort du tout !


Si vous avez d’autres idées / bons plans, partagez-les en commentaires !