Ce texte est une version étoffée et adaptée de ma chronique dans l’émission Recherche en cours sur AligreFM.

A moins de vivre dans une grotte, vous êtes parfaitement au courant que 11 vaccins sont désormais obligatoires pour les enfants de moins de 2 ans (loi sur l’obligation vaccinale, en vigueur depuis janvier 2018). Et vous êtes probablement au courant aussi que cette mesure n’a pas fait que des heureux.

Cette controverse s’est en quelque sorte imposée à moi puisque, sur Facebook en l’occurrence, mon fil d’actualité s’est littéralement rempli de “débats” en tout genre.

Alors je vais vous le dire tout de suite, cette chronique n’a pas vocation à rétablir “la” vérité sur les vaccins. Notamment parce que je suis incompétente sur les questions de biologie et de médecine, et que d’autres sauront les aborder bien mieux que moi.

Par contre, je suis très compétente pour passer du temps sur Facebook !

Mais soyons clairs : si vous cherchez la vérité, ce n’est probablement pas sur Facebook que vous la trouverez.

En revanche, ce que vous trouverez sur Facebook, ce sont des humains.

Des humains qui partagent leurs doutes, leurs craintes, et parfois même leurs interrogations existentielles.

C’est de ça dont je vais parler aujourd’hui.

Bien sûr, il ne s’agit ici que de mon fil d’actualité Facebook et de mes “amis”, dont la plupart sont plutôt des connaissances lointaines ou des contacts professionnels. Ces observations sont forcément biaisées et statistiquement non représentatives !

Les phénomènes les plus impressionnants et les plus visibles, ce sont évidemment ces “débats” interminables.

Ce n’est pas spécifique à la controverse sur les vaccins mais, si vous êtes un habitué des réseaux sociaux, vous savez que la plupart de ces débats ne mène nulle part. Ils sont en général pénibles à suivre puisque chaque camp défend à la fois sa vérité… et son orgueil.

Les camps se polarisent au fur et à mesure des échanges, chacun étant persuadé d’être profondément rationnel et que l’irrationalité se situe dans le camp adverse.

Les “pro” vaccins disqualifient souvent les arguments des “anti-vax” en les accusant de ne reposer que sur des croyances ou des idéologies.

Mais les “anti-vax” estiment, eux, que leurs arguments sont parfaitement rationnels. Il s’agit cependant d’une “rationalité” qui repose sur une logique complètement différente de celle des “pro” vaccins en face d’eux.

Cette rationnalité anti-vax évalue les bénéfices et les risques des vaccins selon une autre échelle de valeur, qui leur paraît tout à fait cohérente.

Mais au-delà des débats spectaculaires, j’ai vu aussi beaucoup d’amis un peu perdus, avec des enfants en bas âge, qui cherchent à naviguer dans cette tempête de vents contraires. Qui s’interrogent sur les vaccins désormais obligatoires, mais aussi sur des vaccins qui ne sont que “recommandés” ou “facultatifs”.

Leur opinion n’est pas arrêtée, ils cherchent désespérément des informations parce qu’ils doivent prendre des décisions immédiates. La discussion est non seulement ouverte mais encouragée.

J’ai vu des mères poster des messages demandant l’avis de leurs “amis” sur tel ou tel vaccin. Et les amis répondre avec des retours d’expérience, ou partager des avis de pédiatres qui divergent entre eux.

Devant tant de pagaille, certains “amis” partagent leur frustration et leur désespoir de ne pas arriver à trouver des informations claires et fiables.

Mais surtout, contrairement à ce que j’ai pu lire dans certains articles de presse ou de vulgarisation scientifique, il ne s’agit pas d’accepter ou de rejeter complètement toute forme de vaccination !

Mes “amis” Facebook se demandent surtout :

  • Pourquoi on rend obligatoires ces vaccins-là en particulier (et pourquoi on le fait maintenant)
  • Dans quelles conditions on a évalué les bénéfices et les risques de chaque vaccin
  • Pourquoi certains vaccins sont fabriqués avec des adjuvants aux sels d’aluminium plutôt que d’autres adjuvants
  • Si les laboratoires pharmaceutiques tirent des bénéfices financiers d’une telle loi ; et si la décision politique a fait l’objet de lobbying de la part de ces laboratoires
  • Si l’on peut encore faire confiance aux agences de santé publique et à l’indépendance de leurs évaluations
C’est-à-dire des questions au moins autant politiques que scientifiques !

Pour ce qui est des questions scientifiques, les articles de vulgarisation sont les bienvenus. Et s’ils sont écrits de manière bienveillante, ils permettent d’apaiser efficacement une grande partie des craintes.

Malheureusement, j’ai aussi vu des scientifiques (et notamment des vulgarisateurs) tourner en ridicule les arguments des opposants à l’obligation vaccinale. Certains se moquaient plus ou moins ouvertement de leur absence de culture scientifique, qualifiaient leurs interrogations politiques de “complotisme” ou balayaient leurs questionnements éthiques avec dédain.

Ces interventions sont contre-productives, quand elles ne sont pas tout simplement insultantes. Alors il ne faut pas s’étonner que les opposants à l’obligation vaccinale, en réaction, se détournent de certains discours scientifiques dont ils perçoivent très bien le mépris à leur égard !

Par ailleurs, aussi importante soit-elle, je pense qu’il faut se garder de croire que la vulgarisation scientifique permettrait de faire toute la lumière sur la controverse. Car ne proposer que des réponses scientifiques à des questions qui sont aussi politiques, c’est être en partie à côté de la plaque.

Enfin, il faut bien s’avouer que la question de se limite pas à des débats “rationnels”. Eh non, Il ne s’agit pas uniquement de discuter froidement de statistiques et de processus biochimiques…

Il y a une dimension émotionnelle très forte.

Sur Facebook, mes amis pensent surtout à la santé de leur enfant, ce petit être fragile qu’ils tiennent dans leurs bras.

On ne peut pas évacuer la dimension émotionnelle qui entre en jeu. Il faut faire avec, et accepter d’en parler aussi.

J’ai vu des “amis” discuter de la peur, un sentiment d’angoisse très présent dans le débat. La peur est utilisée comme outil de persuasion, quelque soit le camp !

Plusieurs mères ont par exemple raconté que certains pédiatres eux-mêmes jouaient sur la peur pour les persuader de vacciner leur enfant. Je ne critique pas forcément le procédé, je relève simplement qu’il s’agit là-aussi de toucher sur une corde sensible.

Ce que j’ai compris de tout ça, c’est qu’il faut de la profondeur. De la profondeur scientifique, évidemment, mais aussi de la profondeur humaine.

De la bienveillance, de la patience, de la compassion.

Les vulgarisateurs scientifiques ont un rôle important à jouer dans cette controverse. Mais même si la vulgarisation est absolument nécessaire, elle n’est pas suffisante. Car elle ne peut pas répondre à toutes les questions.

Ce qui me fait dire que, parfois, la chose la plus efficace n’est pas de s’empresser d’apporter des réponses à toutes les questions, mais simplement, et humainement… de les écouter.