Autrement dit : est-ce irresponsable de faire des enfants au 21ème siècle ?


Quand mes parents sont nés, au début des années 1960, il y avait 3 milliards d’humains sur Terre. Quand je suis née au début des années 1990, on était 5 milliards.

Dans les années 2020, quand j’aurai moi-même des enfants, nous passerons vraisemblablement le cap des 8 milliards.

Et d’après les projections de l’ONU, mes futurs enfants pourraient connaître un monde peuplé de plus de 11 milliards d’humains à la fin du siècle.

Dit comme ça, il y a de quoi paniquer. C’est très impressionnant ! Jusqu’où irons-nous ? Quand est-ce que ça va s’arrêter ?

Quand je discute d’écologie, les gens amènent souvent le sujet sur la table :

“Le vrai problème, c’est la surpopulation !”

Je vois aussi beaucoup d’inquiétudes sur le net, des articles de blog qui calculent que la Terre n’a pas assez de ressources pour nous tous, des reportages qui montrent des gens entassés, et même des publications de journaux nationaux qui proposent des analyses effrayantes.

L’essayiste Michel Tarrier affirme même que “faire des enfants tue la planète”.

La question de la surpopulation revient beaucoup en ce moment pour tenter d’expliquer les problèmes économiques (dont le chômage) et les problèmes environnementaux, comme la pollution et le changement climatique.

Et pour cause, ça paraît si évident ! C’est notre bon sens qui nous le dit : nous n’aurions pas autant de problèmes si nous n’étions pas aussi nombreux !

Alors pourquoi on n’en parle pas ? On fait déjà des conférences internationales sur l’environnement et sur le climat, alors pourquoi on ne fait pas des grandes conférences internationales sur la surpopulation, comme le demande Nicolas Sarkozy ?

J’ai 25 ans, j’arrive à une période de ma vie où mes amis commencent à avoir des enfants. Moi-même j’aimerais en avoir dans les prochaines années.

Mais vouloir des enfants dans un tel contexte, cela fait-il de nous d’affreux irresponsables ?

Devrait-on renoncer à devenir parents ?

Ou se limiter à un seul enfant, comme en Chine ?

Aïe, la question qui fait mal.


Le moyen le plus rapide de répondre à la question serait évidemment de calculer combien d’humains notre planète peut supporter.

Alors à votre avis, combien ?

Si vous vous en remettez aux trésors (non) d’internet, vous pourrez voir cette conférence donnée par une actrice américaine, qui n’est ni démographe ni scientifique, et qui estime que le nombre idéal d’humains sur Terre serait de 2 milliards. Au doigt mouillé.

Le bloggueur Serge Boisse fait au moins l’effort de tenter un calcul, bien que très simpliste, et obtient un chiffre de 3 milliards d’humains comme maximum supportable pour la planète.

Mais qu’en disent les scientifiques ? Quelle est la limite maximale à ne pas dépasser ?

“Veuillez patienter, nous traitons votre demande.” (Illustration John Holcroft)

En faisant mes recherches, je n’ai pas trouvé d’article scientifique qui donne un chiffre précis. Mais les articles scientifiques proposaient plutôt des fourchettes.

Des très, très grosses fourchettes. Ouvrez graaand la bouche !

Cet article parle d’une fourchette comprise entre 3 milliards et 44 milliards d’humains, par exemple.

Je suis même tombée sur des sources qui, sans expliquer leurs calculs, parlaient d’un maximum supportable pour la planète situé entre 500 millions et… 1000 milliards d’humains.

L’ONU explique dans ce rapport que les recherches scientifiques sur la capacité de charge de la Terre convergent vers une fourchette de 8 à 16 milliards d’humains.

C’est-à-dire que la limite à ne pas franchir est probablement quelque part entre 8 et 16 milliards. Ok, c’est déjà mieux, mais on obtient quand même un chiffre qui varie du simple au double !

Bref, on n’en sait rien.

Et pour cause, la question ne peut pas se résumer à un chiffre, ni à une fourchette, ni même à un tractopelle.


“Il n’y a pas assez de nourriture pour tout le monde.”

Aujourd’hui, nous sommes 7,4 milliards sur Terre, dont environ 800 millions qui souffrent de la faim d’après l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas assez de nourriture pour tout le monde, et donc qu’il y aurait 800 millions de personnes de trop sur Terre ?

Un des premiers occidentaux à publier une réflexion sur le sujet, c’est un économiste britannique du nom de Thomas Malthus, dans Essai sur le principe de population publié en 1798. Vous en avez peut-être déjà entendu parler.

Ce que l’on connaît généralement de Malthus, c’est l’idée selon laquelle la population humaine augmenterait beaucoup plus vite que la production alimentaire. Il arriverait donc un moment où les humains n’auraient plus assez de nourriture. Dans ce cas, Malthus estime que la population humaine aurait dépassé les limites de ce que la nature peut offrir.

Ce concept est appelé le malthusianisme. Il considère que la quantité de nourriture disponible est une limite nette aux nombre d’êtres humains que la Terre peut supporter. Il faut donc décourager les gens (surtout les pauvres) de faire des enfants.

Et quand la population devient malgré tout trop nombreuse, il faut faire en sorte que beaucoup de gens meurent (toujours les pauvres) pour laisser les autres manger tranquillement.

En effet ce que l’on sait moins à propos de Malthus, c’est qu’il encourage le gouvernement à ne surtout pas aider les gens qui meurent de faim et de maladies causées par la malnutrition (les pauvres, en général). Et même à tout faire pour qu’ils soient nombreux à mourir, et au plus vite ! Il propose de tout faire pour que les pauvres vivent dans les pires conditions sanitaires possibles, de “placer les habitations près des eaux croupies et dans des endroits malsains et marécageux” pour “qu’enfin la peste revienne”. Super ambiance !

Alors OK, ce raisonnement manque évidemment d’empathie, mais on pourrait se dire que c’est quand même “logique” de ne pas encourager l’augmentation de la population puisqu’on risquerait de ne plus avoir assez de nourriture pour tout le monde.

Puis dans les années 1950 et 1960, de nombreux citoyens et scientifiques commencent à paniquer à l’idée d’une explosion démographique imminente.

“Qu’est-ce qu’on est serrés, au fond de cette boîte !”

En 1969, un biologiste américain du nom de Paul Ehrlich publie un ouvrage dans lequel il prédit qu’une famine massive aura lieu dans les années 1970 et 1980, avec des centaines de millions de morts. Le livre s’intitule La Bombe P (pour “population”) et devient rapidement un succès de librairie.

Encore plus hard core que Malthus, Ehrlich propose d’ “incorporer des stérilisants provisoires dans l’eau ou dans le bifteck quotidien” et d’utiliser des perturbateurs endocriniens pour “masculiniser et rendre stériles les femmes”.

Il écrit par exemple que “si la tendance actuelle persiste, Calcutta aura 66 millions d’habitants en l’an 2000”.

Sauf que l’Histoire nous a montré que les choses ne se passaient pas comme ça.

Juste pour info, en l’an 2000, il n’y avait pas 66 millions d’habitants à Calcutta. Seulement 4,5 millions. Petite différence.

Et il n’y a pas non plus eu de famine mondiale dans les années 1970, ni dans les années 1980, ni plus tard.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

En 1965, une économiste danoise nommée Ester Boserup publie un livre dans lequel elle envoie balader les théories de Malthus. Elle a beaucoup étudié les pays pauvres et les pays en développement pour le compte des Nations Unies. Et elle a constaté que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’augmentation de la population dans ces régions du monde n’a pas engendré de grandes famines.

Au contraire, dit-elle, quand il y a plus de bouches à nourrir, les gens trouvent des solutions pour produire encore plus de nourriture.

Quand on est au pied du mur, on se sort les doigts ! C’est ce qu’elle appelle joliment la “pression créatrice”.

A son époque, Malthus pouvait difficilement imaginer tous les progrès que l’on réussirait à faire dans l’agriculture. Mais finalement, entre 1950 et 2000, la production alimentaire mondiale a été multipliée par trois.

Le fait est que nous produisons d’ores et déjà assez de nourriture pour nourrir plus de 9 milliards de personnes, c’est-à-dire le nombre d’humains que nous seront en 2050.

Mais attendez, il y a une petite subtilité.


Nourrir le monde ? Yes we can.

En théorie, nous avons depuis longtemps assez de nourriture pour nourrir la population mondiale.

Ou plus précisément, pour la nourrir avec un régime végétarien.

J’entends déjà des gens hurler :

“Oh mon Dieu, non ! Etre végétarien, c’est pas une vie !”

Mais soyez-en assurés, les végétariens ne sont pas plus malheureux que les autres, et sont en général en très bonne santé. Surtout, les preuves scientifiques sont limpides.

“Si tout le monde acceptait de devenir végétarien, en ne laissant que peu voire pas du tout d’élevage animal, les 1,4 milliards d’hectares de terres arables d’aujourd’hui permettraient de nourrir 10 milliards de personnes.” — Edward O. Wilson, chercheur en socio-biologie à l’université de Harvard

Mais si tout le monde mangeait autant de viande qu’un Américain, on n’aurait assez de nourriture que pour… 2,5 milliards de personnes.

Vous constaterez donc que le nombre de personnes que l’on peut nourrir est très variable.

Si vous voulez savoir pourquoi il y a une telle différence, je vous conseille de lire mon article sur l’impact environnemental de la viande (ci-dessous).

Pourquoi les écolos deviennent aussi végétariens
En France, la viande c’est sacré. C’est le royaume divin de la blanquette, de l’andouillette et du saucisson.medium.com

D’ailleurs l’ONU écrit noir sur blanc que l’augmentation de la consommation de viande dans les pays en développement aura un plus gros impact sur l’agriculture que l’augmentation de la population elle-même.

Sans oublier qu’au moins un tiers de la nourriture que l’on produit aujourd’hui dans le monde est gâchée ou perdue à un moment ou à un autre entre le champ et nos estomacs. Si on faisait un peu plus attention, et qu’on trouvait de meilleurs moyens de cultiver et de stocker la nourriture, on pourrait avoir encore plus de nourriture disponible sans augmenter la surface de terres utilisées.

Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation à l’ONU (2008–2014), confirme même un chiffre de la FAO : on pourrait déjà nourrir 12 milliards de personnes si on évitait le gaspillage et les pertes.

Certains me répondront cependant que pour produire autant de nourriture, nous utilisons déjà beaucoup trop de produits chimiques qui polluent l’environnement et engendrent des maladies chez les agriculteurs et les consommateurs. Et ils auront tout à fait raison !

Mais il y a déjà plein de recherches en cours sur la possibilité de nourrir le monde avec des produits biologiques. Et l’ONU semble dire que oui, ça pourrait tout à fait être possible. L’agronome Marc Dufumier estime que l’on pourrait nourrir plus de 9 milliards de personnes de manière 100% biologique, en utilisant des techniques très efficaces comme l’agroécologie (une sorte d’agriculture qui s’appuie sur les écosystèmes naturels).

Alors avec tout ça, pourquoi y a-t-il encore 800 millions de personnes qui souffrent de la faim ?

“Le fromage des gastronomes en culottes courtes” (Illustration Joe Webb)

On a vu que ça n’a rien à voir avec le fait qu’ils seraient “en trop”. De toute façon, même lorsque nous n’étions qu’1 milliard sur Terre (vers 1800, à l’époque de Malthus), au moins 20% de la population était déjà atteinte par la malnutrition (ici une étude sur la malnutrition en Alsace au 19ème siècle). En 2015, c’est seulement 9% de la population mondiale qui a faim.

Aujourd’hui, au 21ème siècle, s’il y a encore des gens qui souffrent de malnutrition ou de famine dans le monde, ce n’est pas par manque de nourriture à l’échelle du globe. C’est surtout un problème politique.

Oui, tout à fait. Un problème de volonté politique et de répartition des ressources.

Je ne l’invente pas. C’est, entre autres, l’avis du prix Nobel d’économie Amartya Sen et de l’ONU.

“Avec quelques décisions courageuses, le problème de la faim pourrait être résolu.” — Olivier de Schutter, professeur à l’Université Catholique de Louvain, ancien rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation à l’ONU (2008–2014)

La cause majeure de malnutrition aujourd’hui, c’est la pauvreté parce qu’elle empêche les gens d’acheter la nourriture dont ils ont besoin, même si elle est disponible sur le marché. Autrement dit, les gens n’ont tout simplement pas assez d’argent pour s’acheter à manger.

Et cette pauvreté est avant tout causée par des décisions politiques (ou l’absence de décisions politiques). Je pourrais rentrer dans plus de détails mais ça prendrait beaucoup de temps, alors si vous voulez creuser un peu le sujet, je vous conseille de commencer avec ce documentaire Arte.

Donc mon article pourrait s’arrêter là. Je pourrais conclure que non, nous ne sommes pas trop nombreux sur Terre puisque nous avons assez de nourriture.

Sauf que notre vie sur Terre ne se résume pas à manger !

Et notre impact sur le monde ne se résume pas à la production de nourriture.

Nous avons aussi des maisons, que nous chauffons ou climatisons. Nous avons des voitures, que nous remplissons d’énergie fossile. Nous avons des jeans délavés, des téléphones portables et des canettes de soda, que nous collectionnons dans nos placards et dans nos poubelles.

Et pour ça, on est trop nombreux ?


Là où la question se complique

Dans les années 1940 et 1950, la recherche scientifique s’intéressait surtout à l’impact de l’augmentation de la population sur les ressources naturelles utilisées pour l’alimentation. Et ça, on vient de le voir.

Mais depuis la fin des années 1960, les chercheurs ont élargi leurs champs de recherche et s’interrogent sur l’ensemble de nos habitudes de consommation et les nouvelles formes de pollution qu’elles causent.

Encore une fois, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles pourraient en avoir l’air.

Aux Etats-Unis, la National Academy of Science écrit en 1986 que l’augmentation rapide de la population peut en effet avoir des conséquences environnementales néfastes, mais que “l’existence et l’ampleur de ces conséquences dépend de l’efficacité des institutions sociales qui régulent l’utilisation des ressources”. C’est-à-dire que si les gouvernements nationaux et locaux s’y prenaient correctement et empêchaient les abus, il ne devrait pas y avoir de problème en théorie.

C’est donc ici aussi un problème politique. Mais pas uniquement.

Cet excellent rapport britannique démontre en 2011 qu’au Royaume Uni “les niveaux de consommation et l’endroit où les gens vivent sont des facteurs bien plus importants pour déterminer les conséquences environnementales que combien nous sommes en tout”.

Aujourd’hui, beaucoup de démographes et spécialistes de l’environnement considèrent que notre impact sur l’environnement est le résultat de nos modes de consommation multipliés par le nombre d’individus qui partagent ces modes de consommation.

Or vous êtes déjà au courant que nous avons de gros problèmes environnementaux et qu’ils vont en s’empirant : changement climatique, pollutions, déforestation, extinction de masse des espèces…

Si tous les terriens vivaient comme un Américain moyen, nous aurions aujourd’hui besoin de 5 planètes ; et de 3 planètes si nous vivions tous comme des Français.

Mais j’ai l’impression que l’opinion de beaucoup d’Occidentaux est qu’il faut surtout faire décroître la population, en particulier “empêcher les Africains de faire trop d’enfants”. Et qu’il ne faut pas changer grand chose à nos modes de vie par ailleurs.

Pourtant l’empreinte écologique d’un Nigérian est 8 fois inférieure à celle d’un Américain. Donc, si l’on veut raisonner froidement, on pourrait conclure qu’il serait plus efficace d’empêcher les Américains de se reproduire.

)

Cependant, je pense que ce serait faire fausse route.

Si nous n’étions que 2 ou 3 milliards, nous ne vivrions pas plus en paix avec l’environnement. C’est un problème culturel, bien avant d’être un problème démographique.

Notre système politique et économique repose entièrement sur la croissance éternelle du PIB, donc nous continuerions à utiliser toujours plus de ressources pour alimenter la société de consommation et le “progrès” technologique. Il ne peut pas aujourd’hui y avoir de croissance sans consommation.

On ne peut pas “prendre une photo” de notre niveau de vie actuel en Occident (ou ailleurs) et en déduire combien d’humains pourraient vivre avec ce niveau de vie sur la planète. Ça n’aurait pas de sens, puisque nous sommes dans une dynamique de croissance continuelle : nos niveaux de vie ne sont pas fixes, ils augmentent sans cesse et sans limites. Or plus nos niveaux de vie augmentent, plus notre empreinte écologique individuelle augmente.

Si nous étions moins nombreux, nous continuerions quand même à vouloir toujours plus de choses pour augmenter notre niveau de vie. C’est la dynamique culturelle dans laquelle nous sommes.

Alors nous ne ferions que retarder le problème, puisqu’il arriverait tout de même un moment où nous atteindrions les limites des ressources renouvelables.

A ce stade, il est clair pour moi que le problème ne vient pas tant du nombre de personnes qui vivent sur Terre, mais surtout de nos modes de vie et de notre culture de la croissance infinie.

Donc oui, l’augmentation de la population aggrave notre situation mais ce n’est pas le problème majeur.

Pour autant, puisque la situation est déjà très grave, pourquoi on n’essaierait pas d’atténuer nos problèmes en faisant diminuer la population mondiale ?


Nous ne sommes pas des lapins

Sur internet, je suis allée voir les commentaires que laissent les lecteurs après les articles de presse portant sur les problèmes environnementaux (changement climatique, pollution, etc). J’ai beaucoup vu de commentaires qui disaient, en substance : “Il faut surtout que les gens arrêtent de se reproduire comme des lapins, et ça règlera les problèmes !”.

Notons que ces commentateurs attendent souvent un sacrifice de la part “des gens” mais rarement d’eux-mêmes. Surtout, nos raisons de nous reproduire, ainsi que nos manières de le faire, n’ont rien à voir avec les lapins. Rien !

Partout dans le monde, dans pratiquement toutes les cultures, les enfants représentent une richesse, un investissement ou une source d’épanouissement pour les parents. Ils sont bien plus que la conséquence fâcheuse d’un excès de luxure.

D’ailleurs, les taux de fécondité sont aujourd’hui au plus bas partout dans le monde. Jamais “les gens” n’ont fait aussi peu d’enfants !

Entre 1950 et 2011, la fécondité moyenne dans le monde
est passée de 5 enfants par femme à 2,5.

Le nombre d’enfants par femme s’est même effondré dans un certain nombre de pays. En Iran, il est passé de 7 enfants en 1984 à 1,9 enfants par femme en 2006. Le même phénomène a aussi eu lieu au Maghreb.

D’après l’ONU, le nombre d’enfants va vraisemblablement continuer à diminuer, probablement jusqu’à 2 enfants par femme en 2100. Or avec 2 enfants, la population mondiale devrait décliner lentement (il faut 2,1 enfants pour qu’elle reste stable dans les pays développés).

Alors puisque les gens font de moins en moins d’enfants, pourquoi la population mondiale continue-t-elle d’augmenter comme ça ?

Eh bien parce que les gens arrêtent de mourir !

Ou, comme l’explique le démographe et économiste Gérard-François Dumont, parce que “la croissance démographique mondiale tient essentiellement aux progrès qui ont permis le recul de la mortalité et non à une natalité excessive”.

Les humains vivent de plus en plus longtemps grâce aux progrès de la médecine (vaccins, médicaments) et à des conditions de vie plus saines (meilleure nutrition, eau potable, gestion des eaux usées). Ces avancées touchent en particulier les enfants, qui meurent beaucoup moins en bas-âge qu’avant.

Voilà pourquoi la population mondiale a autant augmenté depuis le 19ème siècle.

D’ailleurs, l’augmentation de la population est en train de ralentir. Il est possible (mais pas certain) que la population mondiale se stabilise vers 2100, et peut-être même décline après ça.

Donc la population mondiale n’est pas du tout en train d’exploser. Bien au contraire !

Mais si on veut quand même essayer de faire diminuer la population mondiale, on s’y prend comment ?

“La courbe du chômage en forte hausse chez les cigognes”

Il n’y a que trois leviers pour faire décroître une population : soit moins de gens naissent, soit plus de gens meurent, soit des gens déménagent ailleurs (émigration).

Regardons ces solutions une par une.

Déménager ? Vu qu’on parle de la population de la Terre, il faudrait déménager sur une autre planète. Mais il est impossible de faire déménager des centaines de millions de personnes d’une planète à l’autre dans un futur proche. Cette hypothèse est donc exclue. Nous sommes bloqués sur Terre.

Faire mourir plus de gens ? Pour faire diminuer rapidement la population mondiale, il faudrait déclencher volontairement un génocide planétaire ou des épidémies mortelles. Je me permets d’écarter cette solution et je pars du principe que je n’ai pas besoin d’expliquer pourquoi.

Il ne reste donc que la solution de faire naître moins de gens. On a déjà vu des propositions pas franchement éthiques de la part de Malthus et Ehrlich (je les écarte tout de suite). Dans l’Histoire, on a vu aussi des politiques de limitation drastique des naissances, comme la politique de l’enfant unique en Chine ou les campagnes de stérilisation de masse en Inde.

Mais on sait aussi que ces politiques sont mises en place de manière violente et qu’elles vont à l’encontre d’un certain nombre de droits humains. Je pense notamment aux innombrables avortements forcés en Chine et aux femmes contraintes à la stérilisation dans les campagnes indiennes.

D’après cette étude, à l’échelle mondiale “toute tentative d’instaurer une “politique de régulation de la population” aurait peu d’impact sur la population totale, et les objections sur le plan social et éthique surpasseraient les gains environnementaux”.

Comme le résume cet article de The Economist :

“Forcer les pauvres à avoir moins d’enfants qu’ils ne voudraient parce que les riches consomment beaucoup de ressources à l’échelle mondiale serait immoral.”Au final, il n’y a rien que l’on puisse faire qui soit à la fois efficace et éthique pour faire diminuer rapidement la population mondiale.

Il existe cependant des solutions pour inciter (et non pas forcer) les couples à avoir moins d’enfants. Ces solutions sont beaucoup plus indirectes, portent leurs fruits beaucoup plus lentement, mais elles ont largement fait leurs preuves. Il est évidemment nécessaire de permettre à toutes les populations d’avoir accès à des solutions de contraception.

Mais la meilleure solution pour faire diminuer les naissances, c’est l’éducation des femmes et l’égalité des sexes.

Pourquoi ?

Comme l’explique par exemple ce rapport de l’ONU, le meilleur moyen de faire diminuer la taille des familles est de donner plus d’opportunités et de pouvoir de décision aux femmes. Pour qu’elle puissent faire face à leurs maris, à leurs parents, et qu’elles décident elles-même de leur place au sein de la société.

Quand les femmes participent à la vie politique, quand elles ont accès à une éducation de qualité, à des métiers rémunérateurs et à des soins de santé appropriés, elles décident de faire autre chose de leur vie que de donner naissance à des tonnes d’enfants.

Autrement dit : quand on donne aux femmes d’autres options dans la vie que d’être des génitrices, elles les saisissent plutôt deux fois qu’une !


Finalement, on comprend bien qu’il n’y a pas de nombre parfait pour la population humaine sur Terre. Tout dépend de nos modes de vie et de notre consommation.

Alors, on peut continuer à faire des enfants ?Oui, mais seulement si on leur apprend l’empathie et le respect de l’environnement, si on donne les mêmes opportunités aux filles qu’aux garçons, et si on leur lègue une planète propre.

Par contre, si on compte leur laisser une planète propre, il vaut mieux se mettre au boulot tout de suite !


Cet article a suscité beaucoup de commentaires. J’y réponds ici :

[Réponse aux lecteurs] Sommes-nous trop nombreux sur Terre ?
Après avoir épluché les retours qui m’ont été faits suite à mon article sur la surpopulation, j’ai décidé d’apporter…medium.com