Quelles sont les limites de la société de consommation ?

Cet article fait partie d’une série sur la société de consommation. L’article précédent est ici, le tout premier article de la série est ici.


"Faire du ciel le plus bel endroit de la Terre"

On a vu que la société de consommation ne s’est pas installée naturellement ni en un jour. Mais nous baignons maintenant dans une offre tellement abondante et rutilante que parler des problèmes qu’elle génère nous dérange. Au bûcher les rabat-joies !

Et pour cause, les conséquences environnementales de nos modes de vie sont si faciles à oublier !

Dans les pays industrialisés, la plupart d’entre nous ne vit plus au contact de la terre et de ses limites. Nous ne produisons plus notre nourriture nous-mêmes, nous n’avons plus qu’à tendre le bras au rayon frais. Nous avons délocalisé la majeure partie de la production industrielle, exporté nos déchets électroniques en Afrique et nos déchets nucléaires en Russie. Les variations du prix de l’essence nous agacent parfois, mais ne nous arrêtent pas pour autant.

Nos supermarchés nous offrent toujours la même profusion donc peu d’entre nous peuvent voir de leurs propres yeux que les stocks s’épuisent et que les rendements diminuent. Tout ça semble très lointain et irréel. Un truc de zadistes écolos à dreadlocks !

Mais puisqu’on est entre nous, on peut se l’avouer :

Nous n’avons souvent aucune idée des ressources environnementales et humaines utilisées pour fabriquer la plupart de nos objets de consommation.

Franchement, à part quelques trucs, j’en ai vraiment aucune idée !

Mais d’un autre côté, à moins d’être un fanatique avec une mémoire d’éléphant, il est impossible de recueillir et de retenir autant d’informations. Alors je ne vais pas me lancer dans un grand inventaire culpabilisant avec, comme prescription finale, de retourner vivre dans une grotte. Je pense que de toute façon personne ne suivrait ce conseil, même pas moi.

Je vais juste vous parler deux minutes de la deuxième industrie la plus polluante du monde. La première, vous la connaissez probablement, c’est l’industrie pétrolière. Vous avez une idée de la deuxième ?

Il se pourrait bien que ce soit l’industrie de la mode, et plus particulièrement ce qui est appelé la “fast fashion” (comme le fast food mais pour la mode) : des vêtements à bas prix, dont la qualité et l’éthique sont en général tout aussi basses. Exemple typique de la société de consommation du 21ème siècle.

Environ 40% de nos vêtements sont fabriqués à partir de coton. Vous en portez probablement sur vous aujourd’hui. Mais le coton, c’est une des cultures qui nécessite le plus d’eau au monde.

L’Ouzbékistan (un ancien Etat soviétique) devait produire d’énorme quantités de coton pour remplir les objectifs fixés par Moscou dans les années 1960 à 1980. Mais cette activité a complètement drainé les rivières qui alimentaient la mer d’Aral. La monoculture intensive de “l’or blanc” ouzbek a non seulement pollué les sols et les cours d’eau avec les pesticides et fertilisants, mais a aussi vidé la mer d’Aral de plus de 80% de son eau entre 1960 et 2000.

La mer d’Aral en 1989 (gauche) puis en 2014 (droite).

Aujourd’hui, si on prenait en compte la valeur économique de l’eau dans les régions productrices, le prix du coton augmenterait de 500%.

Puis évidemment, après la récolte, il faut traiter le coton, le teindre ou le déteindre, ce qui nécessite de l’énergie et expose les travailleurs à des produits toxiques. La course aux prix les plus bas expose aussi les travailleurs à de mauvais arrangements avec la sécurité, en témoigne la catastrophe du Rana Plaza en 2013, et les emprisonne dans des salaires misérables.

Ce n’est évidemment qu’un exemple. Pour en savoir plus sur l’impact de l’industrie de la mode, je vous conseille fortement le documentaire The True Cost. Gardons en tête que quand un tee-shirt coûte 5 euros, il est peu probable qu’il ait été fabriqué dans des conditions décentes.

L’entreprise H&M, qui sous-traitait la fabrication de ses vêtements au Rana Plaza, réalise pourtant près de 2 milliards d’euros de bénéfice net par an.

Pour en savoir plus sur l’impact environnemental de la mode, je vous invite à lire notre article sur le sujet :

[5/6] Pourquoi la mode… est un des pires pollueurs au monde ? (environnement)
La mode pourrait bien être la deuxième industrie la plus polluante au monde. Pourtant, on n’y pense jamais ! Sommes…troisiemebaobab.com

Depuis quelques années, les médias se sont emparés d’un nouvel indicateur pour parler des limites environnementales de nos modes de vie. Le 13 août a été calculé comme le “Jour du dépassement” (“overshoot day”) pour l’année 2015.

Cet indice compare l’empreinte écologique avec la biocapacité de la planète, c’est-à-dire sa capacité à régénérer ses ressources et à absorber les déchets, comme les émissions de gaz à effet de serre. Le décompte commence chaque année au 1er janvier et on constate que la date d’épuisement du “budget” écologique arrive de plus en plus tôt. Le jour du dépassement en 2015 est arrivé 4 mois plus tôt qu’en 1970.

D’après l’ONU, le coût environnemental des 3000 entreprises les plus grosses du monde serait de 2150 milliards de dollars.

Donc nous sommes en train d’accumuler une énorme dette écologique, tout en nous rendant malades et malheureux.Je repose la question : est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?

Dans une ultime mise à jour, The Limits to Growth, the 30 year update publié en 2004, Donella Meadows, Dennis Meadows et Jorgen Randers écrivent que :

Les faits excluent d’ores et déjà la possibilité d’une croissance soutenue à l’avenir, pourtant souhaitée de façon implicite par nombre d’individus ; c’est prendre ses rêves pour la réalité, c’est séduisant mais infondé, vendeur mais impossible.La question n’est pas de savoir si l’augmentation de l’empreinte écologique va s’arrêter, la question est de savoir quand et par quels moyens.
Si nous n’en tenons pas compte, ce sont les systèmes naturels qui choisiront une issue pour nous, sans se soucier de notre bien-être.

De bonnes baffes dans la figure, voilà ce qui risque de nous arriver si on continue à faire l’autruche.

Ce que les systèmes naturels peuvent choisir pour nous, c’est par exemple des catastrophes climatiques, l’effondrement des rendements agricoles et la multiplication des épidémies. Entres autres choses.

Personnellement, je ne sais pas si une croissance économique peut être aussi écologique. Certains disent que oui, d’autres disent que non. Mes différentes lectures me poussent à penser que non, ce n’est pas possible, mais je veux bien entendre les arguments de ceux qui défendent une croissance verte.

Par contre je suis sûre d’un truc : c’est qu’il faut qu’on change notre modèle de croissance économique, et vite !

Mais l’urgence de rétablir une bonne gestion des ressources naturelles pour nous éviter d’aller dans le mur ne semble pas préoccuper beaucoup de monde à l’Assemblée Nationale, à l’Elysée, ou dans les médias.

Nos yeux restent rivés sur les chiffres du PIB et surtout sur sa croissance, portée par la consommation et érigée en indicateur de bonne santé économique. La croissance semble indiscutable et non négociable.

Aujourd’hui encore, en plein marasme économique, les médias et politiques continuent de parler de la croissance économique comme du Graal.

Même à la suite des attentat du 11 Septembre 2001, George W. Bush, président des Etats-Unis, et Tony Blair, premier ministre britannique, s’empressent d’inciter leurs concitoyens à consommer et à aller… à Disneyland. Un discours qui étonne tant il entre en contradiction avec le processus de deuil. Mais la priorité politique, c’est surtout de ne pas empirer le ralentissement de la croissance économique.

La chercheuse Annie Leonard, elle, a un autre point de vue sur le PIB. Elle lui reproche de ne pas prendre en compte les vrais coûts environnementaux (pollution, intoxications) et sociaux (précarité, dépressions) et pire, de les valoriser !

Premièrement, parce que le PIB comptabilise les activités qui polluent et qui nous empoisonnent sans les distinguer des autres activités économiques. Ensuite, et c’est très important, parce que le PIB comptabilise aussi les activités qui servent à dépolluer, assainir et guérir.

Donc faire plus de dégâts permet de dépenser plus d’argent en nettoyage et donc d’augmenter le PIB.

Peut-être qu’on pourrait faire ça pour retrouver des chiffres de croissance sympa, hein ? On pourrait tous acheter des piscines de produits toxiques, plonger dedans, barboter, boire un peu la tasse, puis tous acheter des médicaments pour nous soigner ensuite ? Oui ? Non ? Comment ça, vous ne vous voulez pas ?

Gloups.

Rappelez-vous, ces bêtises environnementales nous coûtent déjà très cher, en argent et en qualité de vie. Et si on ne se bouge pas les fesses maintenant, la machine va s’emballer et ça ne fera qu’empirer.

Alors si on n’a pas envie que ça se passe comme ça, on commence par quoi ?


La suite est ici :

[7/8] Changer de regard
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