A force de m’intéresser à l’environnement et au changement climatique, j’ai découvert que le problème n’était pas là où je le pensais. Non, les gaz à effet de serre ne sont pas responsables du changement climatique. Non, les produits chimiques ne sont pas responsables de la pollution. Les vrais responsables, ce sont les êtres humains et leurs monstres économiques.

Alors voici une série d’articles à propos d'une incontrôlable créature : la société de consommation. Une créature paradoxale que l’on critique et que l’on embrasse en même temps.


Tout a commencé il y a pas longtemps. C’était un dimanche après-midi pluvieux pendant les giboulées de mars, j’étais au fond du canapé et je ne savais pas quoi faire de moi-même. Alors j’ai décidé de faire ce que n’importe quelle personne censée ferait d’un dimanche pluvieux.

J’ai calculé mon empreinte écologique !

J’ai trouvé le calculateur de WWF et j’ai répondu à plein de questions à propos de mon mode de vie. Alimentation, consommation d’électricité, voiture etc. J’étais plutôt contente de moi, jusqu’à ce que je réponde à des questions concernant mes voyages en avion. Et là j’ai défoncé le régime minceur de mon empreinte écologique. “L’avion ça pollue” : ce fut la révélation du dimanche.

Résulat :

Attendez, je suis à 2,2 planètes et WWF me félicite ?! Alors que moi j’étais prête à m’auto-flageller psychologiquement à tout jamais ?

En vrai, calculer l’empreinte écologique en nombre de planètes ne représente pas grand-chose. Mais ça a l’avantage de marquer les esprits. Si tous les humains vivaient comme des Suisses, ils consommeraient 3 planètes. Et s’ils vivaient tous comme moi, on aurait besoin de 2,2 planètes et on serait à peine plus avancés.

En théorie, l’empreinte écologique calcule la surface de terre nécessaire pour produire les ressources utilisées par une personne ou une population et absorber les déchets qu’elle produit. Si vous voulez des chiffres, vous en trouverez ici.

Le truc c’est que l’empreinte écologique, c’est vite culpabilisant si on fait ça sans la mettre en perspective. D’autant qu’il faut faire attention à ne pas trop fantasmer sur les pays qui ont une très faible empreinte écologique.

Le pays où il y a la plus faible empreinte écologique par personne, c’est l’Erythrée (c’est au Nord Est de l’Afrique, pour les nuls en géographie). Et moi je n’aurais pas vraiment envie d’échanger mon mode de vie pour celui d’un Erythréen moyen (rapport à la dictature, la guerre, la malnutrition, tout ça).

Mais ce n’est pas une excuse non plus pour ignorer le fond du message.

Le fond du message, c’est grosso modo ce que dit l’Agence Européenne de l’Environnement dans un rapport de 2015 :

Les modes de consommation et de production actuels améliorent notre qualité de vie mais la mettent paradoxalement en danger dans le même temps. […]Il est maintenant évident que les performances économiques de demain dépendront de notre capacité à intégrer l’environnement comme une part essentielle de nos politiques économiques et sociales au lieu de considérer la protection de la nature comme un simple ‘bonus’.

Alors parlons d’économie, justement. Puisqu’il paraît que c’est plus important que tout le reste.

J’ai voulu savoir à quel point ça nous mettait dans la merde, financièrement parlant, d’utiliser toutes ces planètes virtuelles.

Alors là je dois vous dire : je m’intéresse à l’environnement depuis un moment, je veille au grain sur ce qu’il se dit dans les médias et dans la recherche scientifique. Mais je n’avais aucune idée de combien ça nous coûte. J’ai farfouillé le net et les chiffres que j’ai trouvés m’ont donné le vertige.

Je les ai trouvés dans un rapport de l’ONU écrit en anglais. Je les ai regardés, et j’ai réalisé que je ne savais même pas compter jusque-là en anglais. Je n’avais aucune idée de la manière dont traduire ces chiffres en français. Après moultes vérifications, je peux enfin vous le dire.

Le coût environnemental des activités humaines s’élève à environ 6 600 milliards de dollars US par an.C’est-à-dire 11% du PIB mondial en 2008.

(Les chiffres étaient donnés en “trillions” mais les trillions américains ne valent pas la même chose que les trillions français.)

C’est déjà deux fois le PIB de la France. Et si rien ne change (scénario “business as usual”), ce sera 18% du PIB mondial en 2050, soit 28 600 milliards de dollars.

Vous imaginez tout ce qu’on pourrait en faire de cet argent ? C’est presque inimaginable !

Moi j’aimerais bien en faire autre chose de cet argent.

Alors je me pose la question : est-ce que ça vaut vraiment le coup d’utiliser tout notre génie humain pour nous retrouver avec une facture aussi salée ?

Tout ça pour quoi ? Pour des grosses Mercedes qui sentent le PVC, des iPhones rose gold, des crop tops tie-and-dye et des kits mains libres pour hamburger ? Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?

C’est difficile à justifier en tout cas, parce qu’il semblerait que tout ça ne nous rende pas plus heureux. Comme l’explique la chercheuse Annie Leonard dans son livre The Story of Stuff, consommer n’augmente notre satisfaction que jusqu’à un certain point, celui où tous nos besoins élémentaires sont satisfaits. C’est-à-dire manger à satiété, s’habiller pour ne pas avoir froid, se loger décemment, se soigner etc.

On va pas se mentir, depuis cinquante ans, on a largement de quoi satisfaire tous ces besoins en Occident. On n’a pas besoin de produire plus de choses. Le problème qui reste, c’est que ces ressources sont mal réparties.

Après ça, les gains en bonheur sont minimes, voire même négatifs. C’est ce qu’on appelle le principe d’utilité marginale décroissante : avoir de plus en plus de quelque chose apporte de moins en moins de satisfaction supplémentaire.

Par exemple, si vous achetez une première paire de chaussures après avoir marché pieds nus toute votre vie, c’est une révolution ! Vous chantez la vie, vous dansez la vie, vous n’êtes qu’amour ! Mais si vous achetez une vingtième paire de chaussures, ça n’augmente votre niveau de bonheur que de manière infime par rapport à l’époque où vous n’en aviez que dix-neuf. Pourtant, loin de moi l’idée de vous sermonner sur le nombre de paires de chaussures que vous avez dans votre placard, parce qu’en étant tout à fait honnête avec vous, je dois plaider coupable.

En attendant, les études sur le lien entre société de consommation et bonheur sont légion. L’American Psychology Association écrit par exemple que :

Les valeurs matérialistes […] sont liées à de plus bas niveaux de satisfaction individuelle.

En faisant un petit tour sur Twitter, j’ai constaté la même chose que dans mes discussions entre amis : quand les gens parlent de la société de consommation, c’est en général pour la critiquer. Et parfois pour l’accuser de tous les maux.

Comment en est-on arrivé à ce que ces trucs qui ne nous rendent pas plus heureux nous coûtent 11% du PIB mondial ?

Et pourquoi on n’en parle pas ? Pourquoi on ne se dit pas clairement “ok les gars, là on chie dans la colle (et en plus il faudra la nettoyer après)” ?

Quelle partie de tous ces coûts environnementaux est vraiment nécessaire à notre survie et à notre bien-être ?

Pour le comprendre, je me suis plongée dans la folle histoire de la société de consommation.

C’est l’histoire du jean que je porte, de l’ordinateur sur lequel je tape ces mots, des objets inutiles entassés dans mes placards, mais aussi celle de nos complexes, de notre vide spirituel, du métro-boulot-dodo et de nos crises existentielles.


La suite est ici :

[2/8] Trois siècles avant l’iPhone
Ce qui est rigolo, quand on cherche à savoir à quoi ressemblait la vie des gens avant la société de consommation, c’est ce genre de phrases : Alors je dois vous prévenir : étudier la non-existence…