Evidemment quand je parle de devenir un génie, je ne vous propose pas de devenir un génie-magicien comme celui d’Aladdin, ce serait beaucoup trop compliqué.

Non, mes ambitions sont beaucoup plus modestes, je vais tout simplement vous expliquer comment devenir Einstein.

Et je ne parle pas uniquement du génie scientifique, la recette est à peu près la même pour le génie artistique. On peut penser à Michel-Ange, Mozart, Van Gogh… Vous choisissez.

En revanche, vous n’êtes pas obligé de choisir entre génie scientifique et génie artistique. Vous pouvez très bien avoir les deux en même temps, ça n’a pas gêné Léonard de Vinci, rassurez-vous.

Alors comment on fait pour devenir un génie ?

J’ai commencé à réfléchir à ça quand je suis tombée sur la revue américaine National Geographic de mai 2017, dont un long article était consacré aux génies.

Alors je me suis rendue compte qu’il y a, depuis longtemps, un certain nombre de recherches scientifiques qui se sont penchées sur le sujet.

“Y a-t-il un gène du génie ?”

“Y a-t-il des façon de penser propres aux génies ?”

“Peut-on détecter de futurs génies lorsqu’ils sont encore enfants ?”

Mais attention, on ne parle pas forcément d’une forme d’intelligence exceptionnellement supérieure à la moyenne.

L’article du National Geographic explique d’ailleurs que le QI n’est pas tout à fait déterminant.

Et Darwin lui-même aurait, de ses propres dires, été un enfant très ordinaire, et même plutôt en-dessous des standards d’intelligence.

En faisant mes petites recherches, j’ai compris que c’était un sujet qui fascinaient… et qui irritait tout autant.

Alors voici ma recette, très personnelle, pour devenir un génie.

Etape n°1 : Faire du mauvais boulot.

Par là je veux dire “produire des travaux médiocres ou carrément erronés”, et en produire beaucoup ! Multiplier les expériences ratées, monter des maquettes bancales, concevoir des logiciels qui bugguent, écrire des articles illisibles.

C’est logique en fait, parce qu’il faut s’exercer pour pouvoir s’améliorer.

Le chef d’oeuvre n’arrive jamais du premier coup. C’est là l’importance de la persévérance et de la discipline, que vous soyez très supérieurement intelligent ou juste moyennement intelligent.

La prochaine fois que vous vous sentez bête, pensez à Darwin.

Etape n°2 : Prendre des douches.

Je sais que ça peut paraître un peu superflu quand on essaie de devenir un génie.

Alors je précise que les bains sont aussi acceptés, bien que moins écologiques, puisque c’est en prenant son bain que, selon la légende, Archimède aurait eu son fameux éclair de génie avant de parcourir les rues de Syracuse, complètement nu, en s’écriant “Eureka !”.

L’anecdote historique est en réalité plutôt incertaine mais plausible du point de vue de la psychologie.

L’intérêt des douches (en plus de sentir bon), c’est ce que sont des moments de pause d’une grande productivité intellectuelle.

Le neuroscientifique Barry Kaufman décrit des moments de “contemplation”, pendant lesquels les problèmes sont traités de manière inconsciente. Alors la solution que nous cherchions depuis des heures, ou des années, nous peut nous apparaître tout d’un coup !

Donc pour devenir un génie, il faut aussi savoir… ne rien faire.

Etape n°3 : Avoir des amis.

Là aussi, ça peut paraître superflu, mais c’est très utile. Car malgré votre incroyable potentiel génétique, vous n’arriverez probablement pas à révolutionner le monde de la science à vous tout seul.

Les gens (c’est-à-dire “les personnes humaines autres que vous-même”) peuvent vous apprendre beaucoup de choses, défier vos croyances, relever vos erreurs, et nourrir vos réflexions. On oublie trop souvent le rôle déterminant des mentors, des collègues, des pairs, et même… des adversaires !

On pourrait citer les nombreuses correspondances épistolaires entre scientifiques et philosophes, ou bien le fait que, contrairement aux apparences, il faut en général tout une équipe pour remporter un prix Nobel.

Grâce à internet aujourd’hui, vous n’avez plus aucune excuse, même si vous vivez tout seul au fond d’une grotte !

Alors ne négligez pas vos amis, et parlez-leur gentiment.

Etape n°4 : Être pris pour un fou.

C’est le mythe des liens inextricables entre génie et folie. Mais est-ce vraiment un mythe ?

Car être un génie, c’est voir ce que les autres ne parviennent pas à voir, ni même à imaginer.

C’est remettre en question des choses qui paraissent évidentes pour le reste du monde. Et avec ça, on a vite fait passer pour un fou !

Le savant fou est suivi de près par le mythe du génie incompris puisque cette créativité, et cette capacité à penser en-dehors des cadres, sont à la fois gênantes et déroutantes pour ceux qui n’ont pas envie de se remettre en question.

Comme le disait Aristote “Il n’y a pas de génie sans grain de folie”.

Alors cultivez votre imagination et vos talents artistiques, même s’il ne s’agit que de gribouillages, car l’intelligence logique seule ne saurait suffire !

Etape n°5 : Naître à la bonne époque et au bon endroit.

Ça j’avoue, ça demande un petit effort.

Léonard de Vinci, par exemple, vivait à Florence pendant la Renaissance. C’est-à-dire the place to be, en plein âge d’or du mécénat. A côté de ça, combien de Léonard de Vinci sont-ils nés dans des environnements beaucoup moins favorables ? Impossible à savoir.

Alors il faut avoir pas mal de chance. Et parfois même, il vaut mieux être… mort, puisque la reconnaissance n’arrivera que post mortem. C’est pas Galilée qui dirait le contraire !

Alors avec ça, tout le monde peut devenir un génie ?

Presque !

Etape n°5 bis : Avoir une tête de génie.

Mais je ne parle pas ici d’avoir la bosse des maths.

Avoir une tête de génie, c’est en fait lié à l’étape précédente parce qu’il faut correspondre aux attentes de la société à l’endroit et à l’époque où vous êtes.

Il faut correspondre à l’idée que les gens se font d’un génie.

Les critères ne sont pas partout et en tous temps les mêmes, mais il y a certaines constantes.

Durant quasiment toute l’histoire de l’Occident, il valait mieux être un homme plutôt qu’une femme, noble ou bourgeois plutôt que pauvre et illettré.

Aujourd’hui encore, quand on cherche à dresser une liste des plus grands génies de tous les temps, on pense plus facilement à des hommes blancs occidentaux.

Non pas qu’ils soient plus intelligents que les autres. Mais ce sont ceux auxquels on a donné le plus de moyens pour développer leurs compétences. Et ce sont ceux qui ont le plus facilement accédé à la reconnaissance sociale nécessaire pour être considéré comme un génie.

Par exemple, on connaît bien Wolfgang Amadeus Mozart, mais on connaît beaucoup moins sa soeur, Maria Anna, une harpiste apparemment brillante, mais qui aurait été forcée par son père d’arrêter sa carrière à l’âge de 18 ans pour être mariée.

Ce qui m’amène à cette réflexion :

“Qu’est-ce qui fait un génie ?”
La réponse à cette question dit au moins autant de choses sur notre société que sur les génies eux-mêmes.

En l’occurrence, notre société voue un tel culte à la performance, à la compétition, et au statut social qu’elle montre ces destins exceptionnels comme des exemples à suivre.

Certains parents sont même prêts à dépenser des fortunes pour que leurs enfants soient considérés comme des “petits génies”, eux qui ne demandaient qu’à être tranquilles.

Pourtant, même si “être un génie” est en apparence enviable, il se trouve que les génies ne sont pas forcément plus heureux que les autres.

Comme ils sont souvent considérés comme fous, beaucoup de génies parmi les plus reconnus ont souffert de leur différence et de leur difficulté à trouver leur place dans ce monde. Les pathologies mentales ne sont d’ailleurs pas rares, telles que les dépressions, troubles bipolaires, schizophrénies, et addictions.

Alors pourquoi, au fond, vouloir être un génie ?

Pour être admiré ? Pour se sentir important, valorisé, aimé ?

M’est avis que l’on peut tout à fait être aimé et utile à la science sans pour autant être un génie. Et que l’on peut tout à fait avoir des talents exceptionnels sans acquérir le statut de génie.

Car finalement, le génie c’est un peu comme la beauté : il se trouve surtout dans l’oeil de celui qui regarde.

Alors si vous n’avez pas inventé la théorie de la gravité, ou de la relativité, ou de la radioactivité, si vous n’avez pas écrit de chef d’oeuvre majeur avant vos 30 ans, ou si vous n’avez pas reçu au moins trois prix Nobel durant votre existence… ce n’est peut-être pas si grave.